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Created October 22, 2010 08:15
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APOLOGIE
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vulgaire.</p>
<p> Enfin me sentant tous les iours picqué iusques au sang, i’ay creu qu’à<lb/>
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Epithetes : Et comme vne boule à trauers d’vn ieu de quilles, ie me<lb/>
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en suitte par de meilleures repliques que mon esprit pourra fournir à<lb/>
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<p> Bien que ces inuectiues &amp; ces reproches soient en si grand nombre,<lb/>
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pretens repondre en particulier, &amp; l’vn apres l’autre,</p>
<p> Ie ne sçay dequoy ceux qui m’accusent d’estre Espagnol, peuuent appuyer<lb/>
leur calomnie, veu que l’on sçait que la Scicile, où i’ay receu le<lb/>
iour, n’est tout au plus que la moindre lisiere de l’Espagne, &amp; quand mesme<lb/>
les Sciciliens seroient necessairement Espagnols, ie pourrois estre<lb/>
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fait les délices des plus frians de cette Nation.</p>
<p> Quelques-vns en me disant fils d’vn Chapellier, d’autres d’vn vendeur<lb/>
de Chapellets &amp; d’Almanacs, &amp; la plus part d’vn Marchand banqueroutier<lb/>
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sur ce sujet, se doit-on estonner, ou plutost ne doit-on pas tenir<lb/>
pour vne maxime naturelle que pour faire vn grand homme il faut que<lb/>
beaucoup de petits y contribuent, &amp; que deuant estre vn second colosse<lb/>
du Soleil, il falloit quantité d’artisans &amp; d’ouuriers pour me former &amp;<lb/>
m’esleuer en vn estat si releué.</p>
<p> C’est ce qu’auoit siguré bien auparauant la mort eminente d’vn de mes<lb/>
ancestres, qui souffrant persecutiõ pour la iustice, escalada le Ciel, &amp; fit son<lb/>
tombeau d’vne potence : il auoit peut-estre entẽdu dire que l’iniquité des<lb/>
peres estoit punie sur les enfans iusques à la troisiesme generation, c’est ce<lb/>
qui le fit resoudre d’expier quelques crimes legers par ce genre de supplice,<lb/>
de peur que n’estant desia que trop chargé de mes debtes, ie ne fusse<lb/>
encore obligé de satisfaire pour luy. Cette action me semble si genereuse<lb/>
que bien qu’il ont este Palefrenier &amp; voleur domestique, ma genealogie<lb/>
n’en peut estre que tres honorée.</p>
<p> Mais qu’est-il besoin de deterrer les morts pour tirer des auantages de<lb/>
la bassesse de mon extraction, qu’est il besoin d’épiloguer toutes les actions<lb/>
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si leurs crimes sont auerez, les miens doiuent estre excusables, estant<lb/>
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<p> Venons à mon education, dans laquelle si i’ay fait quelque faute de<lb/>
celles dont on m’accuse, elle doit estre imputée à mes parens, qui deuoiẽt<lb/>
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seroit donc ridicule de me taxer de ces pitits tours d’enfance, mes parens<lb/>
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a troussé le derriere de ma robbe quantité de fois.</p>
<p> Mais aussi tost que mon aage me permit de connoistre le mal d’auec le<lb/>
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lieu de ma naissance &amp; passay dans l’Italie, pour m’instruire dans l’vn &amp;<lb/>
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veulent dire que ie n’appris que le mal, &amp; que ie n’ay iamais pratiqué<lb/>
le bien, d’où viennent donc tous les tresors, les palais &amp; les villes<lb/>
entieres que ie me suis acquis, qu’ils disent plutost que ie suis l’homme de<lb/>
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mettent au iour les honteuses prostitutions que ie ne puis auoir faite<lb/>
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sont suffisamment informez, mais comment pourrois ils le sçauoir, puis<lb/>
que i’oseray bien iurer que ie n’en ay rien veu moy-mesme, qui le doit<lb/>
sçauoir mieux que personne.</p>
<p> Si i’ay seruy d’Estafier, &amp; si i’ay passé dans toutes les conditions basses<lb/>
&amp; seruiles chez les Cardinaux &amp; les Prelats, peut-on trouuer mauuais<lb/>
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parfaitement obeïr.</p>
<p> Ces jeux de hazards, ces bals, farces &amp; mommeries, ausquels ie me suis<lb/>
rendu tres-expert n’ont esté, que les instrumens pour attraper les dupes &amp;<lb/>
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raffiné en les rendant plus indigent. Mais quitõs ces bagatelles pour parler<lb/>
de mes grãdes actiõs, dont la premiere peut effacer toutes les autres, &amp; fermer<lb/>
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esprit déploye tous ses artifices &amp; ses moyẽs : n’est-elle pas capable d’étonner<lb/>
la posterité, les courses que ie sis de part &amp; d’autre auec tant de peine &amp;<lb/>
de fatigues, les pourparlers adrets, les zeles dissimulés pour tous les deux<lb/>
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des mesdisans qui font passer cet accommodement pour vne Paix<lb/>
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conseruez, il n’importe pourueu que l’on en vienne à bout.Dolus an virtus<lb/>
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<p> Ce coup d’Estat me fit le passage dans la France, &amp; dans l’esprit du Cardinal<lb/>
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<p> Ie ne puis pas oster l’opinion que l’on a conceuë, que ie suis l’Autheur<lb/>
de tous les maux &amp; les miseres qui luy ont acquis, la haine generale de tous<lb/>
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pouuois-je pas tout hazarder, puis qu’il n’y alloit rien du mien, &amp; quelle<lb/>
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Gouuernement, qui s’accoustumant petit à petit à souffrir, deuoit estre par<lb/>
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<p> Sonescarlate estoit d’vne si bonne teinture, qu’à force de me frotter contr’elle<lb/>
ma Soutane en prit la couleur, &amp; mon Chapeau rougit de honte de<lb/>
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osé iamais esperer ; en effet, i’aduouë que cette haute faueur estoit<lb/>
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sa mort fortifia cette creãce apres m’auoir laissé en bonne posture dans<lb/>
l’Esprit du feu Roy, à qui ie persuaday facilement par mes adrettes complaisances,<lb/>
qu’il n’auoit rien perdu au chãge qu’il auoit fait ; mais comme i’auois<lb/>
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auancée, me laissa tout à fait absolu. La bonté de la Reyne crut que ie la pouuoit<lb/>
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<p> Quelques autres souffriroient disent-ils la guerre, si les conquestes de nos<lb/>
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<p><br/> Cette haine estant causée par les raisons que i’ay deduites ne me peut apporter<br/>
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me purger des accusations de mes ennemis, ayant ouy dire à quelque Latins<br/>
cette sentence,<i>qui tacet consentire videtur,</i>que si i’ay differé iusques à<br/>
present mon Apologie, ce n’est pas que i’aye manqué de raisons à ma mode,<br/>
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mais comme ie n’ay iamais eu aucune teinture des bonnes lettres, i’ay<br/>
tousiours apprehendé de perdre en mettant mon ignorance au iour cette<br/>
reputation d’esprit, dont ma bonne fortune auoit pipé les opinions du<br/>
vulgaire.</p>
<p><br/> Enfin me sentant tous les iours picqué iusques au sang, i’ay creu qu’à<br/>
moins que de crier l’on adioust eroit la qualité de ladre à toutes mes autres<br/>
Epithetes : Et comme vne boule à trauers d’vn ieu de quilles, ie me<br/>
suis emancipé sans considerer dauantage de raporter à quelque ordre<br/>
les principaux chefs, des accusations de mes aduersaires, pour les renuerser<br/>
en suitte par de meilleures repliques que mon esprit pourra fournir à<br/>
mon innocence.</p>
<p><br/> Bien que ces inuectiues &amp; ces reproches soient en si grand nombre,<br/>
que ie pourrois estre accablé sous le faix des volumes qui les contiennent<br/>
les plus considerables toutefois attaquent ma Patrie, mon extraction, ma<br/>
naissance, mon education, les actions de ma ieunesse, mon introduction<br/>
dans la France, &amp; la conduite de mon Ministere, à toutes lesquelles ie<br/>
pretens repondre en particulier, &amp; l’vn apres l’autre,</p>
<p><br/> Ie ne sçay dequoy ceux qui m’accusent d’estre Espagnol, peuuent appuyer<br/>
leur calomnie, veu que l’on sçait que la Scicile, où i’ay receu le<br/>
iour, n’est tout au plus que la moindre lisiere de l’Espagne, &amp; quand mesme<br/>
les Sciciliens seroient necessairement Espagnols, ie pourrois estre<br/>
excepté de cette regle generalle, puis que ie n’ayme point l’ougnon, qui<br/>
fait les délices des plus frians de cette Nation.</p>
<p><br/> Quelques-vns en me disant fils d’vn Chapellier, d’autres d’vn vendeur<br/>
de Chapellets &amp; d’Almanacs, &amp; la plus part d’vn Marchand banqueroutier<br/>
&amp; cessionnaire, pretendent de me faire vne iniure irreparable, mais<br/>
quand ie serois obligé de ma naissance à quelqu’vne de ces illustres personnes,<br/>
ou quand mesme i’aurois autant de peres qu’il y a d’opinions differentes<br/>
sur ce sujet, se doit-on estonner, ou plutost ne doit-on pas tenir<br/>
pour vne maxime naturelle que pour faire vn grand homme il faut que<br/>
beaucoup de petits y contribuent, &amp; que deuant estre vn second colosse<br/>
du Soleil, il falloit quantité d’artisans &amp; d’ouuriers pour me former &amp;<br/>
m’esleuer en vn estat si releué.</p>
<p><br/> C’est ce qu’auoit siguré bien auparauant la mort eminente d’vn de mes<br/>
ancestres, qui souffrant persecutiõ pour la iustice, escalada le Ciel, &amp; fit son<br/>
tombeau d’vne potence : il auoit peut-estre entẽdu dire que l’iniquité des<br/>
peres estoit punie sur les enfans iusques à la troisiesme generation, c’est ce<br/>
qui le fit resoudre d’expier quelques crimes legers par ce genre de supplice,<br/>
de peur que n’estant desia que trop chargé de mes debtes, ie ne fusse<br/>
encore obligé de satisfaire pour luy. Cette action me semble si genereuse<br/>
que bien qu’il ont este Palefrenier &amp; voleur domestique, ma genealogie<br/>
n’en peut estre que tres honorée.</p>
<p><br/> Mais qu’est-il besoin de deterrer les morts pour tirer des auantages de<br/>
la bassesse de mon extraction, qu’est il besoin d’épiloguer toutes les actions<br/>
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de leur vie, comme si la mienne ne pouuoit pas fournir assez de matiere à<br/>
la mesdisance, qu’il suffise de dire que tous les reproches que l’on peur<br/>
faire à leur memoire, sont les meilleures pieces de ma iustification, &amp; que<br/>
si leurs crimes sont auerez, les miens doiuent estre excusables, estant<br/>
formé du mesme sang qui m’a laissé des inclinations toutes semblables.</p>
<p><br/> Venons à mon education, dans laquelle si i’ay fait quelque faute de<br/>
celles dont on m’accuse, elle doit estre imputée à mes parens, qui deuoiẽt<br/>
auoir le soin de me corriger dans cét aage, où ie n’auois encore aucun vsage<br/>
de raison, puis que c’est à grand peine que ie le possede à present, il<br/>
seroit donc ridicule de me taxer de ces pitits tours d’enfance, mes parens<br/>
m’en ont assez donné le foüet, du moins il me souuient fort bien que l’on<br/>
a troussé le derriere de ma robbe quantité de fois.</p>
<p><br/> Mais aussi tost que mon aage me permit de connoistre le mal d’auec le<br/>
bien, afin de n’estre plus sujet à ces corrections paternelles, ie sortis du<br/>
lieu de ma naissance &amp; passay dans l’Italie, pour m’instruire dans l’vn &amp;<br/>
dans l’autre. L’on a pû iuger les admirables progrez que ie fis en cette fameuse<br/>
escolle, par les actions que i’ay produites du depuis, &amp; si mes accuseurs<br/>
veulent dire que ie n’appris que le mal, &amp; que ie n’ay iamais pratiqué<br/>
le bien, d’où viennent donc tous les tresors, les palais &amp; les villes<br/>
entieres que ie me suis acquis, qu’ils disent plutost que ie suis l’homme de<br/>
plus de bien qui soit dans toute l’Europe, &amp; que ces autres mesdisans qui<br/>
mettent au iour les honteuses prostitutions que ie ne puis auoir faite<br/>
qu’en cachette, pour en amasser vne partie, voyent auparauant s’ils en<br/>
sont suffisamment informez, mais comment pourrois ils le sçauoir, puis<br/>
que i’oseray bien iurer que ie n’en ay rien veu moy-mesme, qui le doit<br/>
sçauoir mieux que personne.</p>
<p><br/> Si i’ay seruy d’Estafier, &amp; si i’ay passé dans toutes les conditions basses<br/>
&amp; seruiles chez les Cardinaux &amp; les Prelats, peut-on trouuer mauuais<br/>
qu’aspirant à ce mestier Illustre, i’en aye fait auparauant l’apprentissage,<br/>
puis que cette maxime est si commune, qu’il faut estre valet auant que<br/>
d’estre Maistre, &amp; que l’on ne sçauroit bien commander si l’on ne sçait<br/>
parfaitement obeïr.</p>
<p><br/> Ces jeux de hazards, ces bals, farces &amp; mommeries, ausquels ie me suis<br/>
rendu tres-expert n’ont esté, que les instrumens pour attraper les dupes &amp;<br/>
les faire sages à leurs dépẽs, &amp; ie croy qu’il n’y a pas vn de ceux de qui i’ay<br/>
tiré quelque substance qui ne m’ayt de l’obligation pour l’auoir rendu plus<br/>
raffiné en les rendant plus indigent. Mais quitõs ces bagatelles pour parler<br/>
de mes grãdes actiõs, dont la premiere peut effacer toutes les autres, &amp; fermer<br/>
la bouche à tous les Satyriques, cette fameuse paix de Casal que mon<br/>
esprit déploye tous ses artifices &amp; ses moyẽs : n’est-elle pas capable d’étonner<br/>
la posterité, les courses que ie sis de part &amp; d’autre auec tant de peine &amp;<br/>
de fatigues, les pourparlers adrets, les zeles dissimulés pour tous les deux<br/>
partys, les bonadies, les reuerẽnces &amp; les complimens, &amp; tous les autres<br/>
moyens que i’employay pour en venir à bout, ont-ils merité d’estre si<br/>
si mal reconnus, qu’au lieu d’en tirer des celebres loüanges, il faut que i’entende<br/>
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des mesdisans qui font passer cet accommodement pour vne Paix<br/>
sourée qui n’estant qu’à mon auantage, fut à la ruyne de tous les deux<br/>
partys, il est vray qu’estant plus obligé de procurer mon interest que de<br/>
pas vn autre, i’ay pratiqué cette maxime en cette occasion ; mais si ie sçay<br/>
l’auantage de la Victoire aux François, qui leur estoit tres-asseurée, i’empesché<br/>
les conquestes qu’ils eussent pû faire ensuite dans l’Italie, qui leur<br/>
a tousiours esté funeste, ie palliay la honte des Espagnols d’vn specieux<br/>
pretexte, &amp; leur fis abandonner leurs pretentions à raison de l’amitié<br/>
que ie porte à ma Patrie &amp; la Duché de Mantoue demeura ruinée sans aucune<br/>
resources, dans la crainte imaginaire de l’estre encor dauantage : Enfin<br/>
n’estoit-ce pas vne adresse admirable, quand mesme i’aurois fait tort à tous<br/>
les partys, de leur faire croire que leurs interests estoient entierement<br/>
conseruez, il n’importe pourueu que l’on en vienne à bout.<i>Dolus an virtus<br/>
quis in [1 mot ill.] requirat.</i></p>
<p><br/> Ce coup d’Estat me fit le passage dans la France, &amp; dans l’esprit du Cardinal<br/>
de Richelieu ; ce grand homme de qui l’approbation peut seruir de<br/>
bouclier contre la mesdisance, fit eslection de mon Genie pour s’en seruir<br/>
dans ses plus secrettes intrigues, sans que l’on ayt pû discuter durant quelques<br/>
années, si les principaux succez des affaires de la France se sont faits<br/>
par ses ordres ou par le mien, pendant le temps de son ministere.</p>
<p><br/> Ie ne puis pas oster l’opinion que l’on a conceuë, que ie suis l’Autheur<br/>
de tous les maux &amp; les miseres qui luy ont acquis, la haine generale de tous<br/>
les peuples, &amp; que ie n’ayt esté que le partysan de ses mauuaises actions,<br/>
sans participer aux beaux desseins qui la fait quelquesfois reüssir : Mais ne<br/>
pouuois-je pas tout hazarder, puis qu’il n’y alloit rien du mien, &amp; quelle<br/>
risque pouuois-je courir en le faisant hayr du peuple pour son tyrannique<br/>
Gouuernement, qui s’accoustumant petit à petit à souffrir, deuoit estre par<br/>
ce moyen plus disposé de patienter les violences de mon Ministere.</p>
<p><br/> Sonescarlate estoit d’vne si bonne teinture, qu’à force de me frotter contr’elle<br/>
ma Soutane en prit la couleur, &amp; mon Chapeau rougit de honte de<br/>
me voir esleué par son moyen dans cet Eminente splendeur, que ie n’aurois<br/>
osé iamais esperer ; en effet, i’aduouë que cette haute faueur estoit<br/>
bien au dessus de mes merites : Ie fus donc fait Cardinal moy indigne, &amp;<br/>
dés aussi-tost mon extrauagance me fit croire que rien ne m’estoit impossible,<br/>
sa mort fortifia cette creãce apres m’auoir laissé en bonne posture dans<br/>
l’Esprit du feu Roy, à qui ie persuaday facilement par mes adrettes complaisances,<br/>
qu’il n’auoit rien perdu au chãge qu’il auoit fait ; mais comme i’auois<br/>
quelque peine à posseder entierement son Esprit, la maladie qui l’emporta<br/>
bien-tost apres, &amp; que quelques malicieux ont osé dire que i’auois<br/>
auancée, me laissa tout à fait absolu. La bonté de la Reyne crut que ie la pouuoit<br/>
beaucoup soulager dans sa Regence, &amp; me laissa sans contredit exercer<br/>
le Gouuernement, quelques-vns l’approuuerent d’abord, mais la pluspart<br/>
en formerent des plaintes qui ne furent point escoutées : Il est vray<br/>
qu’elles estoient iniustes, &amp; l’on ne me pouuoit accuser de violence ; puisque<br/>
ie ne suiuois que les ordres que m’auoit laissez le deffunt Cardinal, que si<br/>
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pour les auoir mal interpretés, i’ay fait quelque qui pro quo, c’est plustost<br/>
par ignorance que par malice.</p>
<p><br/> Les exemples de sa conduite m’inuiterent à son imitation, de m’asseurer<br/>
de la personne de Monsieur de Beau-fort, dont la vertu me portoit ombre,<br/>
l’on sçait bien les motifs qui me pousserent à cette action, que ie fis assez<br/>
timidement, mais pour fermer la bouche à ceux qui l’ont blasmée, n’ont-ils<br/>
pas reconnu depuis que ie leur ay conserué par ce moyen cet Heros dans<br/>
vn temps, ou sa generosité l’auroit infailliblement fait perir dans les occasions<br/>
de la guerre.</p>
<p><br/> Tout le peuple de la France se plaint generalement, de la continuë d’vne<br/>
guerre fascheuse, qui les a mis dans vn estat desplorable, &amp; qui les menace<br/>
encor tous les iours d’vne ruyne totale, l’on n’entẽd que les cris des Prouinces<br/>
desolées, qui me reprochent d’auoir empesché la conclusion de la<br/>
Paix, lors qu’ils la pouuoient auoir tres-auantageuse, que les Plenipotentiaires<br/>
que i’auois Deputez à Monster n’ont fait qu’abuser le tapis, par ce<br/>
qu’ils estoient retenus par mes ordres, &amp; qu’enfin ie fomente les occasions<br/>
de l’esloigner tousiours, afin de pescher en eau trouble, &amp; continuer sous<br/>
ces pretextes les violences de ma tyrannie ; Ces reproches à la verité ont<br/>
quelque apparence de raison, mais ces importuns ne considerent pas que<br/>
cette vie n’est qu’vn cõbat perpetuel, &amp; que c’est vne folie de pretendre d’y<br/>
trouuer du repos, que ie ne leur puis accorder cette Paix, sans entreprendre<br/>
sur la Diuinité, &amp; que c’est vne piece dont sa liberalité seule nous peut faire<br/>
present, outre qu’en continuant le diuorce de la France &amp; de l’Espagne, ie<br/>
me purge euidemment de la tache d’estre Espagnol, dont i’ay tant de peine<br/>
à me lauer.</p>
<p><br/> Quelques autres souffriroient disent-ils la guerre, si les conquestes de nos<br/>
armes augmentoient la gloire &amp; l’estenduë de cet Estat ; Mais qu’au lieu de<br/>
nous signaler par de nouuelles victoires, nous perdons de iour en iour les auantages,<br/>
que nous nous estiõs si glorieusement acquis, que l’occasion des<br/>
affaires de Naples si mal mesnagee, les deffaictes en Catalogne, comme<br/>
souffertes à dessein, les villes d’Armentieres, Courtray &amp; Landrecy, si laschement<br/>
abandonnées, &amp; tant d’Armees florissante mal-heureusement déperies<br/>
me conuainquent necessairement, ou d’intelligence auec nos ennemis,<br/>
ou d’ignorance dans la conduite des affaires, i’aduouë quelles ont<br/>
changé deface depuis deux ou trois ans ; mais on ne doit pas s’en estonner ny<br/>
s’en plaindre, on a bien veu quelles ont esté en assez bonne posture, tant que<br/>
i’ay suiuy les memoires laissez par le feu Cardinal, mais au bout de l’aune<br/>
faut le drap, dés aussi-tost qu’ils m’ont manqué ie me suis trouué au bout<br/>
de mon rollet, &amp; reduit à faire mes escritures moy-mesme, c’est alors<br/>
que l’on a remarqué cette difference, de maniere que i’ay fait voir à dessein,<br/>
pour faire recõnoistre ma methode d’auec la sienne, outre que retenant les<br/>
affaires dans vn estat mediocre, i’ay destourné les mal-heurs que l’excez de<br/>
la prosperité pouuoit apporter dans cette Monarchie, &amp; rabatu la gloire<br/>
des Generaux, pour les retenir tousiours dans vne basse obeyssance.</p>
<p><br/> Enfin ie n’ay plus à respondre qu’aux reproches sanglans que l’on me<br/>
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fait au sujet de mes dernieres actions, d’auoir attaqué le Parlement apres<br/>
auoir entierement espuisé les Finances, d’auoir enleué furtiuement le Roy<br/>
pour la seconde fois, &amp; d’auoir embarassé dans mon party la Reyne, &amp; tant<br/>
d’autres Princes &amp; Seigneurs, dont i’employe le pouuoir &amp; les armes<br/>
pour ruyner le cœur de la France, assieger sa Ville principale, &amp; par vn<br/>
desir de vengeance porter le fer &amp; le feu dans le sein de ses habitans, par<br/>
les mains de ceux qui les deuroient proteger &amp; deffendre, ie n’ay pas veritablement<br/>
assez d’imprudence pour ne demeurer d’accord de la verité de<br/>
ces Chefs : Mais les raisons pour lesquelles i’ay suiuy ces maximes, sont si ie<br/>
ne me trompe assez suffisantes pour me iustifier, ce seroit vne merueille s’y<br/>
n’estant qu’estranger, i’auois iusques icy pris la conduite de cet Estat, par le<br/>
seul desir de le rendre florissant, sans mettre mon interest en ligne de compte,<br/>
veritablement i’ay tousiours aymé le bien de la France, &amp; si ie me le<br/>
suis approprié à droit ou à tort, n’estoit-il pas raisonnable que ie me payasse<br/>
de mes peines, &amp; des despences excessiues de ballets &amp; de comedies necessaires<br/>
pour amuser les dupes qui pouuoient nuire, &amp; s’opposer à mes desseins,<br/>
l’effort que i’ay fait sur le Parlement estoit pour éprouuer leur vertu,<br/>
qui n’esclatte iamais que dans la persecution, la reputation que s’est acquis<br/>
Monsieur de Broussel, &amp; tant d’autres inuiolables Senateurs, par la<br/>
resistance qu’ils ont faite à suiure mes ordres, est si digne d’enuie que ie ne<br/>
suis pas à me repentir de m’estre porté à cette violence, il est vray que mes<br/>
voyant si mal voulu dans Paris, sans en auoir donné de sujet, i’ay cherché ma<br/>
seuretés vn peu plus loin, &amp; si l’on me veut blasmer d’auoir emmené la personne<br/>
du Roy, c’est vouloir faire passer la vertu pour vn vice, &amp; si ie ne l’auoit<br/>
fait, outre la consideration de mon interest, ne me pouuoit-on pas reprocher<br/>
de l’auoir abandonné dans le fort de l’affaire, apres l’auoir tenu de<br/>
si prés iusques icy. Pour ce qui est de la Reyne, comme elle n’est pas obligée<br/>
de rendre raison de sa conduite ; ce seroit vne temerité de vouloir iustifier<br/>
son procedé, les Princes n’ont-ils pas raison de me soustenir, puisque ie<br/>
les paye si bien des violences qu’ils exercent, &amp; ne suis-je pas prudent de<br/>
me seruir d’eux à l’imitation du Singe, qui se sert de la patte du Chat. Enfin,<br/>
quoy qu’ils soient aueuglez dans vne affaire, qui ne leur peut estre que funeste,<br/>
nesera ce pas vne eloge à leur memoire de s’estre portez si genereusement,<br/>
freres contre freres, pour la deffense d’vn Estranger, qui leur deuoit<br/>
estre in different ; Quant à moy ie serois vn fat de refuser le bien de leur<br/>
protection, en les retirant de cet aueuglement, ny relascher encor moins de<br/>
mes interests, puis qu’ils les portent auec tant d’ardeur, quelques yssuë que<br/>
prenne cette affaire importante, d’où dépend absolument ma fortune, ie ne<br/>
sçaurois que retourner au neant d’où ie suis venu, &amp; i’auray cette satisfaction<br/>
que ma ruyne attirera celle de beaucoup d’autres.</p>
<p><br/><center>FIN.</center></p>
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